Brexit: quand les consommateurs paient la note pour la chute de la livre

Pendant que Bruxelles et Londres se préparent à négocier âprement les modalités de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les effets du Brexit à venir sont déjà visibles sur le portefeuille des Britanniques. L’inflation a ainsi accéléré en septembre, prenant 1% sur un an -après +0,6% en août et en juillet-, soit la plus forte hausse depuis novembre 2014 selon les derniers chiffres de l’ONS (Office for national statistics). Mais les produits de certaines entreprises, particulièrement à l’import, ont subi des hausses de prix nettement plus importantes pour compenser la chute de la livre. Depuis le vote du 23 juin, la valeur de la monnaie britannique a chuté de 16,9% par rapport à l’euro, 21,59% face au dollar.

Microsoft a ainsi annoncé dans une note de blog que le prix de ses logiciels d’entreprise allait grimper de 13%, tandis que la hausse de serait de 22% pour ses services de cloud, son nouveau levier de croissance. La firme de Redmond n’est pas la seule à vouloir minimiser la chute de la monnaie britannique. Avant elle, Apple avait silencieusement augmenté en août les prix de ses produits électroniques d’un montant allant de 20 à 50 livres soit une hausse comprise entre 3 et 10%. Une décision également prise par le taïwanais HTC qui a rajouté 70 livres (+10%) au prix de son casque de réalité virtuelle le HTC Vive, trois semaines après que le prix du smartphone OnePlus 3 a été ajusté de 20 livres (+6,4%). Les fabricants de PC Asus (+9% sur les prix de vente au Royaume-Uni à partir d’octobre), Dell (+10%) et HP (jusqu’à 10% de hausse) ont également appliqué une hausse.

Toutes les entreprises du secteur n’ont toutefois pas encore pris de décisions et certains comptent bien en profiter. Sur le forum Reddit, un utilisateur conseille ainsi d’acheter la monnaie d’échange de League of Legends (le jeu le plus joué au monde) en livres et non en euros afin d’obtenir un meilleur rapport quantité-prix.

Le secteur automobile tâte le terrain avec des hausses modérées

Chez les constructeurs automobiles, la montée des prix a été nettement plus douce. Dès le mois d’août, le français PSA a pris les devants en annonçant une augmentation des prix de ses véhicules outre-Manche, qui sont désormais en moyenne 2% plus chers (+2,8% pour la Peugeot 308). Le constructeur a par la suite été rejoint par l’américain Ford (+1,5% en moyenne), les japonais Honda (+0,9%) et Suzuki (+2%) et même le britannique Vauxhall (société-sœur d’Opel et filiale de General Motors) a fait grimper les prix (+2,5%) de certains de ses modèles à compter du 1er octobre. Pour les constructeurs, la hausse des prix semble inévitable, à en croire Tina Müller, directrice du marketing d’Opel, selon qui le Brexit a déjà coûté 346 millions de livres à GM Europe.

Ces hausses très modérées des prix ne devraient toutefois pas permettre de compenser les effets de change et des augmentations de prix plus importantes devraient suivre, selon une note d’Arndt Ellinghorst, analyste chez le courtier Evercore ISI.

Des hausses à venir sur le vin et la nourriture

Si les produits technologiques et les automobiles relèvent des achats d’exception et peuvent ainsi donner le sentiment d’un impact lointain au consommateur britannique, celui-ci est également touché dans sa consommation de tous les jours. Deux géants britanniques, l’enseigne de supermarchés Tesco et Unilever, se sont ainsi récemment livrés une bataille parce que le premier refusait d’augmenter d’environ 10% le prix de certains produits commercialisés par le second (la Marmite ou encore les crèmes glaces Ben & Jerry’s). Les deux entreprises ont toutefois fini par trouver un accord -gardé secret-, Tesco a pu profiter de la publicité pour se présenter en champion de la défense des prix bas et Unilever pour voir les ventes de Marmite grimper de 61% sur une semaine. Quant aux consommateurs ? La hausse sera peut-être limitée un temps pour eux mais finiront indubitablement par payer le prix du Brexit.

Très grands consommateurs de vins étrangers – 99% des 1,8 million de bouteilles consommées chaque année au Royaume-Uni sont importées -, les Britanniques doivent ainsi s’attendre à payer plus cher leur alcool. Le prix des bouteilles importées depuis l’Union européenne devrait ainsi grimper en moyenne de 29 pence (22 pence pour le vin hors UE), a mis en garde la Wine and Spirit Trade Association (WSTA), le 18 octobre. Soit une hausse d’environ 5,3%, à raison d’un prix moyen de la bouteille évalué entre 5,22 et 5,43 livres.

L’effondrement de la livre a également contribué à fortement faire grimper le prix du porc à cause de la demande chinoise. Comme le rapportait fin août le Guardian, l’industrie porcine du pays a été fortement touchée par de fortes inondations, poussant les exportations européennes vers la Chine, qui ont bondi de 60% sur les six premiers mois de l’année, à 1,2 millions de tonnes, dont une large partie provient du Royaume-Uni. Face à cette explosion de la demande, les fournisseurs vendent leurs produits jusqu’à 38% plus cher, une hausse que les supermarchés répercutent sur leurs clients qui achètent jusqu’à 19% plus cher leur bacon, écrit le journal britannique qui cite des données de Beacon. Et le consortium d’achats de souligner que cette montée des prix devrait persister.

>> Aller plus loin Brexit : la chute de la livre, chance ou damnation de l’économie britannique ?

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