À Forcalquier, Nicolas Hulot cultive son jardin bio (vidéo)

Trouvaille parmi d'autres, le jardinier du prieuré de Salagon a fait pousser des céréales du Moyen-Âge. "Un jour au Soudan, se souvient Nicolas Hulot en se penchant sur les cultures, des gens m'ont montré des jarres avec des semences datant de plusieurs milliers d'années. Ils ont réussi à les faire germer." Question plantes, on n'impressionne pas si aisément le ministre de la Transition écologique. "J'ai une tendresse particulière pour le monde végétal", sourit-il en cheminant parmi les amandiers de ce jardin "ethno-écologique", né en contrebas de Forcalquier.

Mais ses préoccupations n'ont rien de poétique. "En Inde, il existe plus de 3 000 espèces de blé et on n'en cultive plus que quatre aujourd'hui. Réduire la biodiversité est toujours triste et grave. On en a besoin, ne serait-ce que dans notre alimentation."

À peine retroussées ses manches de chemise, Nicolas Hulot oublie la mission politique pour laquelle l'a convié Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement et député des lieux en quête de renouvellement. Après avoir lancé, le matin même à l'Élysée, ses futurs "états généraux de l'alimentation", le ministre hume la terre avec délectation. "On sent l'âme de Giono ici. Ce triangle entre Simiane, la montagne de Lure et Banon est un de mes endroits préférés." C'est aussi un laboratoire de ses urgences. "Si je pensais être l'écolo de service dans une assemblée de financiers, je ne serais pas venu dans ce gouvernement. Le moment est passionnant et inquiétant, la crise climatique le montre. Il est favorable pour nous unir et agir. Profitons-en. Et appuyons-nous sur ce qui se fait".

"Unis Verts Paysans", la coopérative où 48 producteurs et éleveurs du pays de Forcalquier vendent céréales, légumes, bières ou fromages, est l'exemple rêvé. Circuits courts et produits bio sont parvenus à stabiliser un modèle économique. "Chez moi en Bretagne, les épiceries bio sont saturées", signale Nicolas Hulot. Au pinacle dans les sondages d'opinion, l'ancien militant d'Ushuaïa nature sait ses marges de manoeuvre étroites. Mais il n'a pas besoin de répéter qu'il n'est pas venu en politique pour faire carrière. Atypique et contagieux, il a conscience qu'il devra faire des concessions pour imposer ses visions. Du nucléaire au climat et de Notre-Dame-des- Landes aux boues rouges de Gardanne, ses dossiers seront autant d'épreuves d'endurance.


"J'hérite de situations qu'on a laissé pourrir"

Vous avez été interpellé officiellement sur le dossier du rejet des boues rouges de Gardanne. Remettrez-vous en cause les autorisations préfectorales en cours ?

Nicolas Hulot : Chacun connaît mes réserves et inquiétudes. J'hérite de situations tendues qu'on a laissé pourrir. Je veux avoir des évaluations plus précises et des éléments rationnels pour ne pas prendre de décisions brutales et définitives.

Ségolène Royal, qui vous a précédé à ce ministère, s'était heurtée au Premier ministre...

Mes convictions ne changent pas et la composante environnementale est essentielle. Mais quand on est ministre, on doit aussi prendre en compte les aspects sociaux, humains et économiques. Je suis convaincu d'avoir devant moi des gens honnêtes et objectifs, mais qui ont des grilles de lecture différentes. Tous ont fait beaucoup d'efforts pour défendre leur point de vue, bossent depuis 20 ans là-dessus. Ensemble, on doit regarder jusqu'où on peut aller. Mais sans brutalité, car cela bloquerait tout.

Comment réagissez-vous à la décision de justice d'annuler l'autorisation d'exploiter de la centrale biomasse de Gardanne ?

J'ai découvert cela comme vous. La justice demande que les expertises soient réévaluées. On peut imaginer que le projet d'utiliser la biomasse part d'une bonne intention. Encore une fois, inutile de prendre des décisions brutales.

Ne craignez-vous pas d'avoir des marges de manoeuvre politique étroites pour agir ?

Je suis face à une tâche complexe, mais ce n'est pas pour ça qu'on ne bougera pas. Face aux grilles de lecture des uns et des autres, j'essaie de prendre de la hauteur. C'est le cas pour Notre-Dame-des-Landes, c'est le cas pour le nucléaire. Je prends un peu de temps en sachant que l'objectif est d'arriver à 50 % d'énergie nucléaire en 2025. Et qu'une fois que la machine est lancée, cela peut aller plus vite qu'on ne croit. Les démonstrations par les faits valent souvent mieux que les incantations. La Chine a déjà atteint les objectifs climatiques qu'elle s'était fixée pour 2020.

Même raisonnement sur la question du loup, très sensible dans notre région ?

J'ai une approche très laïque. Je dois d'abord recevoir tout le monde et trouver la meilleure perspective. Que chacun puisse s'y retrouver, éleveurs et défenseurs du loup.

Où en êtes-vous des "états généraux de l'alimentation" que vous voulez lancer ?

Nous avons eu une réunion ce jeudi matin à l'Élysée avec le Premier ministre et les quatre ministres concernés. On a lancé les modalités d'un process qui doit prendre du temps. Même si on n'est pas d'accord sur tout avec le ministre de l'Agriculture, on partage une vision qui tient compte de la situation tragique du monde de l'agriculture. On cherche les clés pour une alimentation qui assure une sécurité sanitaire, écologique et psychologique pour les agriculteurs. La concertation va vite être lancée.

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